Articles des Nouvelles Publications : Euromed1 a transformé l’image de Marseille

Laure-Agnès Caradec,première présidente d’Euroméditerranée

Unique candidate, Laure-Agnès Caradec, conseillère départementale et adjointe (LR) à l’urbanisme de la Ville de Marseille, a été élue
le 27 novembre à la présidence de l’Etablissement public d’aménagement Euroméditerranée (EPAEM). Contrairement aux deux précédentes élections, le scrutin s’est cette fois déroulé dans la concorde. Première femme promue à ce poste exposé en deux décennies, Laure-Agnès Caradec arrive dans un univers dont elle maîtrise à la fois les codes et la pratique. A 48 ans, cette ingénieure titulaire d’un DESS* de droit de l’urbanisme, de la construction et de l’aménagement du territoire a fait ses premières armes profess ionnelles au début des années 90 dans un cabinet d’architecte avant d’intégrer le service urbanisme de la Ville de Salon-de-Provence. Figure montante de l’échiquier politique phocéen, Laure-Agnès Caradec truste les casquettes depuis quelques mois: outre ses mandats politiques (Marseille Provence Métropole, ville, Conseil départemental des Bouches-du-Rhône), elle préside le Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) des Bouches-du-Rhône et l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseilla ise (Agam). A ce titre, elle est également vice-présidente de la Fédération nationale des agences d’urbanisme (FNAU).
Une expérience protéiforme qu’elle entend bien mettre à profit pour booster les chantiers en cours et à venir d’Euroméditerranée. Tour d’horizon.

Nouvelles Publications : Après l’urbanisme de la Ville de Marseille, MPM, l’Agam, le CAUE des Bouches-duRhône, le conseil départemental, vous endossez une nouvelle casquette avec la présidence de l’Etablissement public d’aménagement Euroméditerranée (EPAEM).
Comment allez-vous vous organiser pour assumer ces multiples mandats ?
Laure-Agnès Caradec :
Je dors de moins en moins… Mais tout est lié : l’urbanisme, l’Agam, le CAUE, Euroméditerranée… on est au coeur de la fabrique de la ville. Mais Je suis lucide : j’ai demandé au maire d’être déchargée de certaines missions. Jean-Claude Gaudin en est conscient.
Nous avons décidé d’attendre l’issue des élections et la mise en place de la métropole pour procéder à une réorganisation.

Vous êtes la première femme à exercer la présidence de l’EPAEM. Au bout de vingt ans, on a envie de dire : « enfin » …
C’est un honneur. Car je n’étais pas candidate. C’est Martine Vassal, la présidente du conseil départemental, qui m’a proposé le mandat dans la mesure où c’était au tour du département d’assurer la présidence d’Euroméditerranée après deux ans de gouvernance régionale.
Cela dit, je ne débarque pas en terre inconnue : j’étais membre du conseil d’administration de l’EPAEM … et en tant qu’adjointe à l’urbanisme de la ville,je suivais évidemment déjà de très près l’opération d’aménagement.
J’aborde donc cette nouvelle mission avec enthousiasme, forte du soutien des représentants des collectivités, Jean-Claude Gaudin, Guy Teissier, et même Bernard Morel, le président sortant qui a voté pour moi…

Euroméditerranée vient de fêter son vingtième anniversaire.
L’opération est au milieu du gué, avec la fin des chantiers de la première phase – le parc habité – et le début de l’aménagement de l’extension: les Îlots Allar et XXL. Comment appréhendez·vous cette période charnière ?

Euromed 1 a transformé l’image de Marseille. La régénération a concerné toutes les composantes de la ville, opération a également doté Marseille du grand quartier d’affaires qui lui manquait. Cette première
phase n’est pas totalement achevée : on doit terminer l’aménagement du parc habité et des quelques îlots qui n’ont pas été traités…
Dans les quartiers d’Euromed II, la population est en attente de changement. En tant qu’aménageur, nous devons veiller à être à la hauteur de ces attentes tout en gardant à l’esprit que l’urbanisme se joue sur le temps long. Pour éviter de générer des frustrations, il faut que la société civile et les acteurs économiques soient associés à toutes les étapes du processus. La coconstruction est indispensable.
Il faut être humble, ne pas hésiter à se questionner, à prendre en compte l’évolution des techniques qui modifie la manière de fabriquer la ville. N’oublions jamais que derrière l’aménagement urbain, il y a de l’humain.
Pour l’extension labellisée Ecocité, les choses sont quasiment écrites : il y a un plan guide élaboré par l’équipe de François Leclercq, une première ZAC** approuvée : la ZAC Littorale.
Eiffage a lancé les travaux de l’îlot démonstrateur Allar et nous venons de retenir Bouygues pour aménager l’îlot XXL autour du marché aux puces. La feuille de route est définie. Il s’agit de développer un
quartier mixte de plus de 200.000 mètres carrés de plan cher mettant en oeuvre des process innovants. Mais nous en sommes au début de la réflexion : juste avant les têtes, je suis allée rencontrer les propriétaires du marché pour étudier le devenir de ce site qui doit rester le poumon économique du quartier. L’ambition est de le réaménager en remettant à plat les règles d’hygiène, de sécurité, de stationnement… tout en gardant son identité qui tourne autour de l’alimentaire et des antiquaires brocanteurs.
Autour du marché, Bouygues et le designer Ora’ito proposent de déployer une démarche innovante mise en oeuvre aux Etats-Unis – les « makers » – avec des fablabs,des ateliers destinés aux artisans, aux spécialistes du numérique, aux designers…
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Quel est le calendrier de l’opération XXL ?
Les 200.000 mètres carrés de bâti seront réalisés en plusieurs phases. Il y aura du bureau, de l’activité, du logement, un hôtel modulaire nouvelle génération qui intègrera de la location de chambres longue durée… A l’instar de la démarche adoptée par Eiffage sur Allar, l’ensemble du projet mobilisera des nouvelles technologies, les smart grids, la thalassothermie … On devra également réfléchir aux nouveaux
usages en matière de déplacement : l’autopartage, les parkings mutualités, les transports collectifs en site propre …
Le chantier est immense.

Quelle relation Euroméditerranée doit-il nouer avec le port ?
La clef du succès de l’Ecocité repose en majeure partie sur notre capacité à traiter l’interface ville-port. Avec la charte ville-port,
nous avons une feuille de route qu’il convient désormais de traduire dans les faits. Il faut que les deux établissements publics – le Grand
port maritime de Marseille (GPMM) et l’Etablissement public d’aménagement Euroméditerranée – arrêtent d’avoir peur l’un de l’autre. Les deux ont pour dénominateur commun la relation à la Méditerranée. Une dimension pas suffisamment mise en valeur à mon goOt.

Cet enjeu de la capillarité ville-port est justement mis à l’épreuve actuellement sur le dossier du terminal de transport combiné de Mourepiane. Le commissaire enquêteur vient de rendre un avis défavorable à la création de cet équipement qui doit permettre de libérer l’emprise du terminal du Canet pour la création du grand parc urbain de l’Ecacité. Comment dénouer l’imbroglio ?
Il faut rappeler l’enjeu de départ: ce terminal est un outil stratégique pour le GPMM et ses 50.000 emplois dans l’aire métropolitaine. Il doit permettre d’optimiser le fonctionnement des bassins Est du port en augmentant leur capacité de traitement, de 90.000 à 150.000 conteneurs par an, et en privilégiant le transport par le rail au détriment des camions.
Il y a des réticences chez certaines entreprises qui utilisent la gare du Canet et surtout chelles riverains de Mourepiane. Toutes les craintes des habitants ne sont pas illégitimes. Mais les trains qui transportent des produits dangereux arrivent aujourd’hui au Canet. Il faut dépassionner le débat en organisant une grande concertation avec les habitants et les élus locaux. La SNCF et le port doivent évidemment être partie prenante de ce dialogue. Celui-ci doit se focaliser sur la vraie question qui est à mon avis celle du passage à niveau. Une telle infrastructure un peu moyenâgeuse n’a plus de raison d’être dans la deuxième ville de France.

La SNCF ne semble pas pressée de libérer le Canet Comment accélérer le processus ?

Le choix de transférer le terminal du Canet vers Mourepiane ne date pas d’aujourd’hui. Il a été entériné dès la création officielle de l’extension de l’opération fin 2007 et gravé sur le plan guide de François Leclercq deux ans plus tard. C’est une décision stratégique prise au plus haut sommet de l’Etat – rappelons qu’Euroméditerranée est une « opération d’intérêt national » – qu’il est impossible de remettre en cause à l’heure de l’entrée en scène de la métropole. La SNCF sait que le terminai du Canet est appelé à déménager. Le maire aura l’occasion de répéter ce message à Guillaume Pepy lors d’un prochain rendez-vous.

Sur le bas de la rue de la République, les palissades sont encore très présentes. Comment comptez-vous vous y prendre pour relancer l’opération de restauration immobilière ?
On travaille bien avec ANF, l’un des deux gros propriétaires*** de la rue. Tout le monde a intérêt à ce que le bas de la rue soit aussi animé que la partie haute. Nous sommes prêts à aider les opérateurs. Mais il faut qu’ils acceptent de modérer leurs exigences en matière de loyers. Au-delà d’un certain seuil, il n’y a plus de preneurs et les pieds d’immeubles restent vides. In fine, tout le monde est perdant !

Qu’en est·il du financement de la suite de l’opération ? l’Etat tiendra-t-il ses engagements pris en 2010 dans le protocole financier ?
Le contexte est plus compliqué qu’avant. En 2016, nous devons renégocier le protocole financier avec tous les partenaires de l’opération (Etat, région Paca, CD13, métropole Aix-Marseille-Provence). Nous avons évidemment besoin de l’Etat pour conforter « l’intérêt national » du projet. Le soutien de Paris devra être renouvelé et confirmé. Mais ça ne doit pas nous empêcher de rechercher
de nouveaux modes de financement associant le privé. C’est d’ailleurs ce que nous réalisons avec Eiffage sur Allar et Bouygues sur l’îlot XXL.

Juste avant les fêtes, les trois équipes pluridisciplinaires missionnées par la mission interministérielle ont dévoilé leurs pistes pour le projet métropolitain. Quel regard portez-vous sur ce travail ?
C’est une base de travail très intéressante qui complète les éléments mis sur la table par les conseils de développement, les agences d’urbanisme, la CCI Marseille Provence… C’est désormais à nous, politiques, de nous saisir de toute cette matière. Cette hybridation des regards et des perspectives doit nous permettre de fixer les grands choix stratégiques. Notre responsabilité est énorme. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Au-delà des enjeux qui font consensus comme les transports, nous devons renforcer les polarisés économiques en soutenant les filières en pointe comme l’aéronautique ou en développement comme le projet de cité du cinéma à Martigues. La métropole est également l’occasion de réfléchir à une meilleure organisation de l’offre des grands équipements – qu’ils soient
sportifs, culturels ou commerciaux – à l’échelle métropolitaine. Car la réalité est têtue: ce ne sont pas que les Marseillais qui vont à l’opéra de Marseille ou les Aixois qui assistent au Festival d’Aix ; de nombreux Aixois se soignent dans les hôpitaux marseillais ; des milliers de Marseillais travaillent à Aix et des milliers d’Aixois travaillent à Marseille … Le territoire vécu dépasse les frontières administratives. Cela impose des décisions fédératrices prises à grande échelle.

Propos recueillis par William Allaire
* Diplôme d’études supérieures spécialisées.
** Zone d’aménagement concerté.
*** Le 2e propriétaire est Freo qui a pris la suite d’Atemi cet automne.

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