Article de La Provence : Le retour des paysans des villes

Proximité et qualité permettent de doper l’activité de jeunes agriculteurs péri-urbains, entre Marseille et Aubagne.

C’est un autre monde. Sans commune mesure avec l’univers assombri des producteurs de lait de Normandie ou celui des éleveurs de porcs du coeur de la Bretagne, voire, plus près de nous, avec le quotidien parfois difficile des maraîchers et leurs immenses exploitations à Berre ou à Châteaurenard, qui manifestent leur colère de plus en plus fort, à la veille de l’ouverture du traditionnel salon de l’agriculture parisien.

Autour de Marseille et d’Aubagne, résiste ou renaît une catégorie particulière d’agriculteurs, qui connaissent même une singulière dynamique de leur profession. Profitant de l’intérêt grandissant des consommateurs pour les produits bio et locaux, ils font désormais partie intégrante de l’économie locale marseillaise. « C’est nécessaire de les soutenir, parce que leur activité correspond à une économie réelle, traduit Laure-Agnès Caradec, adjointe au maire en charge de l’Urbanisme. Cela maintient la nature en ville et réduit l’urbanisation. Avec le nouveau Plan local d’urbanisme, nous avons pu récupérer 80 hectares supplémentaires de terres agricoles, pour un total de 239 hectares à Marseille. »

Sébastien Pioli cultive ses fruits et ses légumes entre la Valentine et Aubagne. Le nouveau visage de l'agriculture. Photo Patrick Nosetto

Sébastien Pioli cultive ses fruits et ses légumes entre la Valentine et Aubagne. Le nouveau visage de l’agriculture. Photo Patrick Nosetto



Parmi ces jeunes agriculteurs d’un nouveau genre, il y a Sébastien Pioli. À la tête d’une exploitation qui surplombe le village de la Valentine (11e), il symbolise une génération plus proche de ses consommateurs, fervent adepte du bio et qui casse les codes et l’image du paysan : « On en vit bien, on part en vacances pendant un mois et on n’est pas obligé de travailler le week-end. Mais les journées sont chargées. Surtout l’été. C’est 7 h 30 le matin jusqu’à 19 h 30 . La demande des clients est là. Des jeunes veulent se lancer dans la profession. Au bout de quelques années, ils peuvent rapidement gagner 1 500 euros par mois. Après, le problème, c’est l’accès au foncier. »

En plus de son exploitation d’environ un hectare de la Valentine, Sébastien Pioli, qui s’est développé selon le modèle de l’Amap et du panier, a trouvé des terres dans l’agglo d’Aubagne. Comme la ville de Marseille, l’agglomération a lancé plusieurs programmes en faveur des agriculteurs. Martine Thérond, directrice du service agriculture du Pays d’Aubagne et de l’Etoile évoque ainsi une « démarche volontariste » : »Nous voulons éviter la pression foncière et le mitage des exploitations. L’agriculture est un enjeu économique et nous avons un bassin de consommateurs important. En plus, la première Amap de la région est née à Aubagne en 2000. Nous avons réservé une zone, le Vallon des Gavots, qui était à l’origine désignée pour du logement. Nous avons également un projet de Zone agricole protégée. On a tendance à penser que les jeunes ne veulent pas aller vers l’agriculture. J’en rencontre beaucoup qui se forment au métier et qui veulent changer de vie. Ils ne veulent pas forcément acheter une terre, mais exploiter, comme des chefs d’entreprise. »

C’est le cas de Franck Sillam. À 38 ans, il suivait jusqu’à présent une carrière dans la santé publique, comme épidémiologiste. Il se destine désormais à un parcours de maraîcher, après sa formation à l’école d’agriculture de Valabre, qu’il suit en ce moment : « L’idée, c’est d’essayer de proposer des produits de qualité, en pleine ville. À Marseille, il y a de grandes zones naturelles, mais pas forcément agricoles, notamment avec le parc des Calanques. À Aubagne, il y a un réseau d’agriculteurs motivés et je pense que je vais m’installer là-bas. En périurbain, on ne peut exercer qu’en agriculture biologique. Après, quand j’en discute autour de moi, on me dit que je suis fou de me lancer dans cette activité. »

Si Aubagne est traditionnellement tournée vers l’agriculture, Marseille et sa direction de l’urbanisme travaillent également sur des projets de développement, comme à Château-Gombert (12e), à la Serviane (12e) ou encore au Vallon des Douces (11e), où des négociations sont menées avec deux propriétaires. « On classe en zone agricole et en contrepartie, on autorise des constructions à la marge des terrains« , tempère Laure-Agnès Caradec.


Au total, 29 exploitations

Le dernier recensement date de 2010. Mais la Chambre départementale d’agriculture, qui l’a réalisé, actualise régulièrement ses chiffres. Dans l’agglomération marseillaise, il y a aujourd’hui 29 exploitations, alors qu’il y en avait 76 en 2000. Parmi elle, douze sont considérées comme « grandes et moyennes », les restantes ne représentant qu’un très faible volume d’activité, ne pouvant parfois assurer que des revenus sous le Smic. Ces entreprises génèrent 141 emplois sur la commune, mais seulement 47 à temps plein.

À Marseille, la superficie agricole utilisée est passée de 133 hectares en 2000 à 43 en 2010, soit une baisse de 68 %. Par comparaison, le pays d’Aubagne et de l’Étoile compte une centaine d’exploitations, pour environ 2000 emplois induits, avec une forte tradition préservée, dans les petites communes rurales comme Cuges ou Saint-Zacharie par exemple.

Article écrit par Romain Luongo pour La Provence du 25 février 2016
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